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VEDA DU FEU SACRE 20 ET *V

UPANISHADS GÉNÉRALES

Atman Upanishad

Upanishad de l'Âme suprême


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing HouseMadras

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi

             I-1. Enseignement d'Angiras (1):
             Lorqu'Il se manifeste, l'Esprit universel apparaît sous trois niveaux : le soi, le Soi intérieur, et le Soi suprême.

1 L'un des sept Voyants (rishis) du temps des origines, ou l'un de ses descendants.

             I-2. Il y a les constituants du corps humain, dont la peau (derme et épiderme), la chair, la chevelure, le pouce et les autres doigts, la colonne vertébrale, les ongles, les chevilles, l'estomac, le nombril, le pénis, les hanches, les cuisses, les joues, les oreilles, les sourcils, le front, les mains, les flancs, la tête et les yeux – tous assujettis à la naissance et à la mort; aussi constituent-ils le soi.

             I-3. On trouve ensuite le Soi intérieur, constitué d'éléments physiques (terre, eau, feu, air, éther) et d'éléments subtils (tattvas(1), dont le désir, l'aversion, le plaisir, la peine, le désir, l'illusion, le doute, etc., ainsi que la mémoire, les intonations vocales hautes et celles

sans accent, les voyelles brèves, longues et prolongées, celui qui entend, qui sent les odeurs, les goûts, celui qui mène le corps, acteur et

soi-conscient face aux activités telles que tituber, crier, jouir, danser, chanter, jouer d'un instrument musical... Il est l'esprit – qui a déjà longuement vécu – et qui distingue entre le Nyaya, le Mimamsa (2) et les traités de législation, comme entre les objets spécifiques de l'ouïe, de l'odorat et du toucher. C'est le Soi intérieur.

 


                                                         1 Voir le diagramme des 36 Tattvas, pour plus de clarté.
2 Deux des 6 darshanas (points de vue) ou écoles philosophiques. Le Nyaya développe un système logique et

épistémologique, recherchant essentiellement les moyens d'acquérir une connaissance valide et irréfutable du monde et de la nature de l'esprit; le Mimamsa développe une enquête sur le comportement rituel dans le contexte des enseignements Védiques, la parfaite conformité assurant seule le salut. 
Noter que les Upanishads développent le 6ème darshana, le Védanta (ou Uttara Mimamsa).

             I-4. Vient ensuite le Soi suprême, l'Impérissable, sur lequel il faut méditer en respectant les étapes du Yoga : contrôle du souffle,

retrait des organes des sens, fixation du mental, contemplation et concentration. Ceux qui méditent sur le Soi doivent raisonner par

inférences, en Le comparant à la graine de l'arbre banyan, ou à la graine de millet,

ou encore à la centième partie du diamètre d'un cheveu

C'est ainsi qu'on Le conquiert, mais on ne Le connaît pas (Il demeure inconnaissable). Il est non-né, il ne meurt pas, ne sèche pas, ne se  

mouille pas, ne brûle pas, ne tremble pas, ne se sépare pas, ne sue pas. Il est au-delà des gunas (1), Il est spectateur, Il est pur, sans

parties, seul, subtil, sans possessions, sans défauts, immuable, dénué de sons, sans toucher, sans goût, inodore, Il est indubitable, Il ne saisit rien, et Il est omniprésent. Il est impensable, Il est invisible. Il purifie l'impur et sanctifie le non-consacré. Il n'agit pas. Il n'est pas

assujetti à l'existence empirique dans la matière.

Gunas : Les 3 qualités ou modes d'être inhérents à l'univers phénoménal, à savoir Sattva, ou la qualité du bien, de lumière et calme; Rajas, ou la qualité d'activité, passion et agitation; Tamas, ou la qualité de ténèbres, inertie et illusion.

             II-1. Ce Soi que l'on nomme l'Atman est pur, un et non-duel, Il a la forme du Brahman. Seul Brahman déploie Sa luminosité.

             II-2. A cet instant même où le monde manifeste les couples d'opposés distincts

, tels qu'affirmation et négation, etc., seul Brahman déploie Sa luminosité.

           

 

  II-3. Sous les distinctions telles que maître et disciples, aussi bien, c'est Brahman seul qui Se manifeste. Du point de vue de la vérité stricte, seul existe le pur Brahman.

             II-4. Ni la connaissance ni l'ignorance, ni le monde ni rien d'autre n'existent réellement. L'assise de la vie empirique dans la matière, c'est l'apparence illusoire du monde en tant que réel.

             II-5(a). Ce qui met fin à la vie empirique dans la matière, c'est la certitude de son irréalité.

             II-5(b)-6. Quelle discipline est nécessaire afin de savoir que « ceci est un pot », si ce n'est les moyens adéquats à une connaissance valide ? Une fois celle-ci acquise, la connaissance de l'objet s'impose. Le Soi – toujours présent – se révèle dans son son éclat dès lors que les moyens adéquats à Sa connaissance sont réunis.

             II-7. Cela ne requiert ni un lieu précis, ni un moment précis, ni une pureté précise. Par contre, la connaissance « Je suis Devadatta » (1) ne dépend de rien d'autre que de ces trois conditions (2).

1 Devadatta : prénom très courant, l'équivalent de Pierre, Paul ou Jacques.
2 La notion de « pureté » conditionnelle à la connaissance de Devadatta de son identité propre, s'entend comme une métaphore : l'individu Devadatta est « pur », sans alliage, car constituté de déterminations qui lui sont propres et reflètent son Soi intérieur (cf. shloka I-3).

             II-8. De façon similaire, la connaissance « Je suis Brahman » que possède le Connaisseur de Brahman, est indépendante de toutes conditions. Tout comme le soleil illumine le monde, toute chose est illuminée par la splendeur de la Connaissance de Brahman.

          

   II-9-10(a). Que peut illuminer le non-Soi, inexistant et illusoire ? Cela qui confère toute leur portée aux Védas, aux Shastras (1), aux Puranas (2) et à tous les autres êtres – le Connaisseur de Cela, qu'illuminera-t-il ?

Shastras : Le savoir systématisé et élaboré en traités. Par extension, tout manuel ou recueil de règles, tout livre ou traité, en particulier un traité religieux ou scientifique, toute œuvre sacrée d’autorité divine. Les shastrasincluent notamment les codes

moraux et sociaux, les traités de connaissance, action et vie justes, les disciplines artistiques, les méthodes de yogas. 
Puranas : Recueil de traditions mythologiques, faisant partie de la smriti (tradition humaine). Il en existe 18, relatives à Shiva, Vishnu et Shakti.

             II-10(b)-11. L'enfant ignore la faim et la douleur physique, et il joue avec les objets. De la même façon, l'heureux Connaisseur de Brahman trouve ses délices en lui-même, mais sans le sens du « mien » ni du « Je ». C'est ainsi que le sage, silencieux, alerte et solitaire, qui est l'incarnation du non-désir, traite les objets désirables.

             II-12. Existant en tant que Soi impersonnel, il est toujours satisfait de demeurer en ce Soi. Dénué de toutes possessions, il est toujours réjoui; bien que sans compagnons, il se sent puissant.

             II-13. Se nourrissant à peine, il est toujours satisfait; sans égal, il regarde en spectateur ses semblables; bien que prenant le fruit (1), il n'en ressent rien

1 de ses actions passées, tout aussi bien qu'un fruit concret. Il n'en ressent rien : étant libéré, il n'accumule plus aucun karma, rien ne laissant d'empreinte sur lui.


            

 II-14-17. Vivant dans un corps, il est néanmoins désincarné; bien que déterminé (1), il est néanmoins omniprésent; et jamais ce Connaisseur de Brahman, désincarné et immortel, n'est affecté par le plaisant ni le désagréable, pas plus que par le bien ni le mal. Du fait

que le soleil semble enveloppé par Rahu, l'obscurité, alors qu'en réalité il est au-delà de l'obscurité, les hommes qui sont dans l'illusion et

ignorent la réalité, le disent enveloppé, happé par l'obscurité. De façon similaire, les gens illusionnés considèrent les meilleurs des Connaisseurs de Brahman comme incarnés, puisqu'ils voient leur corps. Car le corps de celui qui a atteint la libération, reste, telle la mue encore attachée au serpent.

1 déterminé, car il reste extérieurement relié aux mêmes attributs qui constituaient son individualité; le reste du shloka

explique le nouveau rapport entre l'être libéré et le corps et la personnalité qui le déterminaient jusqu'alors.
 

Videha Mukti : la libération désincarnée, où l'on perd conscience de son corps, qui peut être obtenue tout en restant vivant, ou post mortem ; s’oppose à jivan mukti, la libération où l'on garde conscience de son corps, ou obtenue de son vivant, ante mortem.

             II-18. Légèment déplacé deci-delà par le souffle vital, ce corps est porté par le Connaisseur de Brahman, tel un morceau de bois flottant au fil du courant.

             II-19-20. Par décret du destin, le corps naît dans les contextes propices (aux futures expériences) au moment opportun. Au

contraire, celui qui a coupé le fil des migrations, à la fois empli de connaissance et inconnaissable, et qui se tient là (en son corps) en qualité de Soi pur et sans qualifications – celui-là est lui-même Shiva manifesté. Il est le plus accompli des Connaisseurs de Brahman. En toutes circonstances, le Connaisseur prééminent de Brahman est à jamais libre, il a accompli son but.


             II-21. Toute adjonction (à sa nature originelle) ayant été détruite, en tant que Brahman, il est assimilable au Brahman non-duel, tel un homme qui, à l'aide des accessoires appropriés, est un acteur et, dépouillé d'eux, retrouve son apparence naturelle.

             II-22(a). De la même façon, le plus éminent des Connaisseurs de Brahman

est en permanence Brahman uniquement, et personne d'autre.

             II-22(b)-23. Tout comme l'espace enclos dans une jarre redevient l'espace sans limites quand celle-ci se brise, ainsi, quand les savoirs particuliers se dissolvent, le Connaisseur de Brahman ne devient rien d'autre que Brahman, tel le lait déversé dans le lait, l'huile dans l'huile, et l'eau dans l'eau – qui restent lait, huile et eau.

             II-24(a). Combinés, les deux deviennent un; ainsi, le Connaisseur de l'Atman fusionne en l'Atman.

             II-24(b). Donc, la libération désincarnée (1) est le statut de l'Être dans Son infinité.

1 cf. shloka II-14-17.

             II-25. Ayant conquis le statut de Brahman, le Yogi ne renaîtra plus jamais, car ses corps, nés de l'ignorance, ont été consumés par la connaissance vivante de l'Être suprême, en tant que Soi.

             II-26-27(a). Puisque ce Yogi est devenu Brahman, comme Celui-ci pourrait-Il renaître ? La servitude et la libération, mises en scène par Maya (1), ne sont pas réelles en soi quand elles sont mises en relation au Soi, de même que l'apparition et la disparition du serpent ne sont pas en relation à la corde inanimée (2).

 

 

Maya : La Puissance (shakti) de Brahman se manifestant en tant qu’univers phénoménal;

la manifestation sous son aspect grossier, subtil et causal. Maya est synonyme d’ignorance (avidya), les illusions découlant de la confusion entre l'existence relative et la réalité; car elle est la grande Enchanteresse qui possède 2 pouvoirs : avritiou avarana shakti ( pouvoir

d’obnubilation) et vikshepa shakti ( pouvoir de projection). 
2 Parabole célèbre de l'illusion typique de Maya : sur le chemin, une corde au loin semble au premier abord un serpent et effraie. S'en approchant, on découvre, soulagé, qu'il ne s'agit que d'une simple corde inanimée. L'expérience illusoire du serpent dans la corde n'est pas intrinsèque à la corde en elle-même.

             II-27(b). Servitude et libération peuvent être décrites comme à la fois réelles et irréelles, et comme conséquences de la nescience (l'ignorance en tant que produite par l'occultation de la Réalité).

             II-28-29. Le Brahman ne souffre aucune occultation, quelle qu'elle soit. Il est à découvert, il n'existe rien d'autre que Lui qui puisse Le recouvrir. Les idées « c'est » et « ce n'est pas », au regard de la Vérité, sont de simples concepts intellectuels. En vérité, servitude et libération sont des apparences créées par Maya et n'appartiennent pas au Soi.

             II-30. Dans la Vérité suprême, tout comme dans le cosmos, une et indivisible, inactive, paisible, sans défaut, sans tache et non-duelle, par où se glisseraient des constructions mentales ?

             II-31. Ni suppression ni production, ni enchaînement ni efforts de libération, ni aspirants à l'émancipation ni émancipés – voilà la Vérité absolue.

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi

 


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing HouseMadras

 

Ici se termine l'Atmopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.